Adresse à Emmanuel Macron

Expulsions des bidonvilles, il est temps de décréter l’urgence sociale!

 23h00 , le 16 mars 2019

LETTRE OUVERTE – Le collectif Romeurope, et de nombreuses autres associations telles que ATD-Quart Monde, la Fondation Abbé Pierre, la Ligue des Droits de l’Homme ou encore Médecins du Monde, tirent la sonnette d’alarme et appellent à « une réelle politique nationale, volontariste et adaptée, de résorption des bidonvilles ». 

Un bidonville, ici à Montpellier. Photo d'illustration.
Un bidonville, ici à Montpellier. Photo d’illustration. (Sipa Press)

Quelque 48 associations et collectifs du CNDH Romeurope s’adressent directement à Emmanuel Macron dans cette lettre ouverte publiée dans le JDD. Alors qu’en 2018, le nombre d’expulsions ont augmenté de « près de 40% par rapport à 2017 », ils appellent le chef de l’Etat « transformer [ses] paroles en actes » et dénoncent une situation « indigne ». « Aucun enfant ne devrait être mis à la rue pendant l’année scolaire. Ce sont des mois voire des années d’école perdus pour ces enfants qui ont tant besoin d’accéder à l’éducation », écrivent-ils également.

« Une expulsion tous les deux jours dans notre pays. Monsieur le Président de la République, c’est à ce rythme infernal que l’Etat détruit des baraques de bidonvilles en France métropolitaine. En 2018, 171 expulsions ont jeté à la rue 10.000 personnes, majoritairement européennes, habitant des squats ou des bidonvilles. La plupart sont des personnes fortement discriminées, notamment Roms ou perçues comme tel par les autorités ou les citoyens. 

Cette augmentation de près de 40% du nombre d’expulsions par rapport à 2017 est indigne de notre pays et pousse nos 48 associations et collectifs du CNDH Romeurope à tirer la sonnette d’alarme.

Il est temps que vos paroles se transforment en actes afin de mettre en place une réelle politique nationale, volontariste et adaptée, de résorption des bidonvilles. On ne nous convaincra pas que la situation de 15.000 personnes en grande précarité représente un défi insurmontable pour un pays comme la France.

Cette politique indigne fait perdurer les bidonvilles plutôt que de les faire disparaître


Le 25 janvier 2018, huit de vos ministres signaient une instruction pour résorber les bidonvilles d’ici 5 ans. L’objectif était de ‘dépasser l’approche centrée sur les évacuations et d’inscrire l’intervention publique dans une dimension plus large, depuis l’implantation du campement jusqu’à sa disparition’. Lors de la présentation du Plan pauvreté en septembre 2018, vous annonciez solennellement : ‘Dans la droite ligne du plan Logement d’abord […], nous poursuivrons notre politique de résorption des bidonvilles, qui sont peuplés de 30% d’enfants’.

Ce discours ambitieux est en contradiction avec les faits. Au lieu de travailler à des solutions concertées avec les collectivités, les habitants, les associations et les services de l’Etat, la majorité des Préfets continuent d’expulser les habitants des bidonvilles sans proposer de solution stable (ce fût le cas pour 85% des personnes expulsées en 2018). Cette politique indigne fait perdurer les bidonvilles plutôt que de les faire disparaître.

L’accélération des expulsions est particulièrement notable à la fin de l’année scolaire et peu avant le début de la trêve hivernale. Malgré les demandes des familles et des associations de laisser les enfants scolarisés finir leur année, la trêve scolaire n’existe toujours pas : aucun enfant ne devrait être mis à la rue pendant l’année scolaire. Ce sont des mois voire des années d’école perdus pour ces enfants qui ont tant besoin d’accéder à l’éducation.

Il est indigne qu’en France en 2019, des enfants et des familles n’aient pas un toit stable sur la tête 

Pourtant des solutions existent. Poussés par la mobilisation de la DIHAL [Délégation Interministérielle à l’Hébergement et à l’Accès au Logement, NDLR] et les quatre millions d’euros qu’elle met à leur disposition, certains territoires (parfois les villes, parfois l’Etat, rarement les deux) ont impulsé des projets ambitieux. A Montpellier ou Villeurbanne par exemple, des personnes en bidonville ont obtenu des logements stables leur permettant de réaliser des démarches d’inclusion sociale (scolarisation, accès au parcours de soins, recherche d’emploi …). A Lille, le préfet a annoncé qu’il n’expulserait plus de bidonville sans solution de relogement.

Ces projets ont permis à des centaines d’enfants d’aller à l’école et à des familles d’accéder aux soins, de trouver des emplois déclarés et d’obtenir à un logement stable. Ils sont la preuve qu’avec du courage politique, ces personnes peuvent accéder à un logement stable et à leurs droits fondamentaux.

Mais pour y arriver, le budget dédié à la résorption des bidonvilles doit augmenter significativement. Les quatre millions d’euros sont insuffisants. D’autres mesures comme la trêve scolaire ou l’organisation de réunions partenariales pour organiser la résorption des bidonvilles doivent être mises en place rapidement.

Monsieur le Président de la République, vous devez décréter l’urgence sociale. Il est temps que l’Etat prenne ses responsabilités. Il est indigne qu’en France en 2019, des enfants et des familles n’aient pas un toit stable sur la tête et n’aient pas tous accès à l’éducation et aux autres droits fondamentaux (le travail, la culture et l’accès aux soins). »

Les signataires :

Nathalie Godard, présidente du Collectif National Droits de l’Homme Romeurope 

Claire Hédon, présidente d’ATD-Quart Monde 

Florent Gueguen, directeur de la Fédération des Acteurs de la Solidarité 

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre  

Malik Salemkour, président de la Ligue des Droits de l’Homme 

Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France 

Dr Philippe de Botton, président de Médecins du Monde 

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique Caritas France 

Christophe Deltombe, président de La Cimade 

Laurent El Ghozi, président de la Fnasat-Gens du Voyage 

Leonard Velicu, président de EURROM 

Liliana Hristache, présidente de Rom Réussite 

William Bila, président de La Voix des Rroms 

Renée Le Mignot, co-présidente du MRAP 

Thierry Mauricet, directeur général de Première Urgence Internationale 

Estelle Denize, présidente de Hors la Rue 

François Loret, président de Convivances 

Philippe Dubois, co-président de Roms Action 

Blandine Billaux, présidente du Collectif lyonnais pour l’accès à la scolarisaton et le soutien aux enfants des squats (C.L.A.S.S.E.S) 

Pascal Joffroy, présidente de Système B, comme bidonville 

Loïc Gandais, président de l’Association de Solidarité en Essonne avec les Familles Roumaines et Rroms (ASEFRR) 

Jean-Pierre Perrin, président de Rencontres Tsiganes 

Aline Poupel, présidente de Romeurope 94  

Pierre Rachet, président de l’Association Solidarité Rroms Saint Étienne 

Frédéric Béague, représentant légal de l’association William Penn

Union Juive Française pour la Paix 

Intercollectif Roms 59-62 

Collectif Solidarité Roms et Gens du Voyage Lille Métropole 

Collectif de soutien aux familles rroms du Val d’Oise 

Collectif Romeurope Anthony 

Collectif Roms Paris 

http://www.romeurope.org/tribune-bidonvilles-31-associations-appellent-e-macron-a-decreter-lurgence-sociale/

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Soutien scolaire : pour travailler l’attention et la concentration

Initiez-vous, gratuitement et à distance, à la maîtrise de l’attention et de la concentration
Réseau Canopé et CNRL-Inserm vous invitent à participer, dès le 5 mars
2019, à leur 1erMOOC « L’attention, ça s’apprend ! ». Comment rester
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Le mal-logement en France : conférence de la Fondation Abbé Pierre à Roubaix

   La Fondation Abbé Pierre a le plaisir de vous inviter, le vendredi 22
mars de 9h30 à 16h30, à assister à la présentation de son 24ème
rapport sur « L’État du mal-logement en France » qui se déroulera à
l’ENPJJ, 16 rue du Curoir, 59 100 Roubaix 
(Accès : métro ligne 2, arrêt Roubaix Charles de Gaulle ou Roubaix Grand Place).
Une pièce d’identité vous sera demandée à l’entrée.
 Vous trouverez sur le site de l’événement le
programme détaillé et toutes les informations pratiques INSCRIPTION
IMPÉRATIVE EN LIGNE À L’ADRESSE SUIVANTE
www.weezevent.com/l-etat-du-mal-logement-en-hauts-de-france-2019  
Programme de la journée MATIN
9 heures 30 Accueil des participants.
10 heures Ouverture par MIREILLE CHARONNAT, membre du
conseil d’administration de la Fondation Abbé Pierre.Vidéo et
éclairages « Le mal-logement en France en 2018. »« Aux portes de
la rue.
Quand les institutions produisent de l’exclusion. » Débat avec la salle.
 11 heures 45 Eclairage Régional. 
12 heures 30 « Logement d’abord dans la Métropole Européenne de
Lille. », avec : BERNARD HAESEBROECK, Vice-président de la Métropole
Européenne de Lille.
 APRÈS-MIDI 14 heures 15 Ateliers participatifs (selon votre choix). Ces
travaux enrichiront la feuille de route « Logement d’abord » 2019-2020
dans le territoire de la MEL et contribueront à la révision du PDALHPD
et d’élaborationdu PLH 3. Atelier 1 : La connaissance des publics sans
domicile et la domiciliation. Atelier 2 : Le logement des jeunes. Atelier 3 :
Les solutions de logement adapté.Atelier 4 : La place de la santé dans le
Logement d’abord.
16 heures Restitution des ateliers et perspectives.
16 heures 30 Fin de la journée et verre de l’amitié. —Pour les territoires de la Communauté Urbaine d’Arras et pour le département du Pas-de-Calais,
deux journées de présentation seront organisées : Le 23/04 (Arras) Le 26/04 (Lens) 
Agence Hauts de France de la Fondation Abbé Pierre
55 rue Pascal – 59 000 Lille
Tél. : 03 20 14 34 54
benevoleslille@fap.fr
www.fondation-abbe-pierre.fr   © 2019 Fondation Abbé Pierre – Agence
Hauts-de-France 

Camp de la Citadelle / Lille

A Lille, les conditions de vie précaires des Roms du camp de la Citadelle

A Lille, une centaine de personnes vit dans un camp de fortune près de la Citadelle. / © FLORENT MOREAU/MAXPPP
A Lille, une centaine de personnes vit dans un camp de fortune près de la Citadelle. / © FLORENT MOREAU/MAXPPP

Par M.D.Publié le 19/02/2019 à 12:22 Mis à jour le 20/02/2019 à 17:06

A quelques centaines de mètres de la Citadelle de Lille, un camp de Rroms s’est implanté au milieu de routes très fréquentées. Pour y accéder, pas de passage piéton, donc les occupants doivent se frayer un chemin au milieu du trafic. Et à l’intérieur, les conditions de vie sont plus que précaires.

Dans ce bidonville composé de vieilles caravanes et d’abris de fortune, une centaine de personnes tente de trouver des parades aux problèmes d’insalubrité quotidiens. « Nous devons ramener l’eau du canal pour nous laver, laver nos habits, pour tout ça… », témoigne Alin Avram, 28 ans.

L’année dernière, l’Etat a versé plus de 2 millions d’euros pour reloger certaines personnes et lancer des programmes d’insertion. Des dispositifs qui ont du mal à porter leurs fruits. « Aujourd’hui, pour vivre, je fais la manche parce que je cherche du boulot mais je n’en trouve pas comme ça. Je ne parle pas français donc je ne peux pas avoir de travail tout de suite« , ajoute Emanuel Dobrea qui vit également dans ce camp.

Fragile intégration

Selon la préfecture, il existe actuellement 57 campements illicites dans la métropole lilloise où vivent 1 200 personnes. En 2013, elles étaient 3 000. Un recul dont se félicite l’Etat qui n’hésite pas à procéder à des expulsions lorsque les camps sont jugés trop grands.

La dernière remonte à août, près de la gare Lille Europe. Une politique inefficace selon Dominique Plancke du Collectif solidarités Roms. Il souligne qu’il y a 101 enfants roms scolarisés à Lille, et 80 qui ne vont pas à l’école. Et les démantèlements n’arrangent rien.

« Les expulsions à répétition retardent la scolarisation, retardent l’insertion des enfants. Déjà pour les parents c’est compliqué, mais là on crée toute une classe d’âge qui va avoir du mal à s’intégrer« , assure-t-il.

Les associations et l’Etat s’accordent à penser que la solution viendra si toutes les communes de la métropole acceptent de scolariser des enfants dans leurs écoles.


Nouvelle politique dans la MEL à l’égard des Roms ?

Halluin Pourquoi les deux mobil-homes du village d’insertion de Roms ont été démontés

Après celui de Faches-Thumesnil, le village d’insertion pour les familles roms d’Halluin a été démonté en début de semaine. Est-ce la fin du dispositif ?

Florent Steinling | 21/02/2019

Les deux mobil-homes du village d’insertion, route de Neuville, ont été démontés en début de semaine.
Les deux mobil-homes du village d’insertion, route de Neuville, ont été démontés en début de semaine.

Des villages créés il y a dix ans

C’était il y a tout juste dix ans. Pour permettre l’intégration de familles roms sur le territoire métropolitain, sont imaginés des villages d’insertion, des petites unités d’hébergement qui permettent d’accueillir, le plus souvent dans des mobil-homes, de deux à cinq familles roms. En lien avec la Métropole européenne de Lille (LMCU à l’époque) et les communes, c’est l’AFEJI qui accompagne ces familles. En 2009, seules deux communes répondent à l’appel d’urgence lancé par Martine Aubry, alors présidente de la communauté urbaine. Il s’agit de Faches-Thumesnil et Halluin. À Halluin, l’opposition d’alors (aujourd’hui à la tête de la commune) craignait de voir arriver un « mini-Sangatte ». Des villages d’insertion ont ensuite vu le jour à Lille, Hellemmes, Lezennes, Roubaix et Tourcoing. Fin 2016, 62 familles, représentant 362 personnes, sont accueillies et accompagnées. Aujourd’hui, l’AFEJI est en capacité de suivre 134 personnes, soit entre 20 et 30 familles.

Démolition à Faches-Thumesnil et Halluin

À quelques jours d’intervalle, les deux premiers villages d’insertion ont été démontés. Pour Faches-Thumesnil, c’était programmé dès le départ, un écoquartier devant être construità cet endroit. Celui d’Halluin a été enlevé en début de semaine. En une journée, les deux mobil-homes, installés sur un terrain route de Neuville, le long de la becque, ont disparu du paysage.

Les deux mobil-homes du village d’insertion, route de Neuville, ont été démontés en début de semaine.
Les deux mobil-homes du village d’insertion, route de Neuville, ont été démontés en début de semaine

Des familles relogées

À Faches-Thumesnil comme à Halluin, il n’était pas question d’enlever les villages d’insertion sans avoir trouvé de solution pour les familles qui y habitaient. « Il ne faut pas avoir d’inquiétude pour les familles accueillies, insiste Jean-François Minet. Elles ont été relogées dans des logements plus classiques ». À Halluin, la dernière famille a quitté le site dans le dernier trimestre 2018. C’est d’ailleurs le sens de ces villages d’insertion depuis leur création. L’accompagnement réalisé par l’AFEJI et les différents partenaires pour permettre à ces familles de s’intégrer (école, emploi, maîtrise de la langue…) doit aider les familles à évoluer ensuite vers des logements individuels. Et, autant que faire se peut, ces relogements ont lieu dans un endroit très proche, pour ne pas faire perdre aux familles tous les repères acquis dans les villages d’insertion. Ces familles continuent d’être suivies par l’AFEJI.Vers une évolution du dispositif

Les villages d’insertion, tels qu’on les connaît, ont-ils vécu ? Il n’est pour l’heure pas question de démonter les autres villages existant dans la métropole, mais Jean-François Minet reconnaît que le dispositif tend à évoluer, en lien avec la direction départementale de la cohésion sociale. « Cela fait dix ans que ces villages existent dans la métropole. Ce dispositif a rencontré beaucoup de succès. Mais aujourd’hui, on travaille à des formes un peu plus classiques de logement, plutôt que des mobil-homes, explique-t-il. On regarde pour les intégrer directement dans le diffus.  »

« Sous une autre forme »

Avec l’idée de pouvoir proposer à ces familles, dès le départ, un logement plus adapté, plus décent. L’idée est d’accentuer encore cette « politique inclusive » et « de masquer la différence ». « Le travail continue, avec les partenaires, avec les municipalités pour poursuivre cette politique d’insertion du public rom qui a cette volonté de s’insérer sur le territoire. Mais sous une autre forme.  »

Village d’insertion de Lambersart

Lambersart Les nouveaux voisins de la rue Bonte heureux d’avoir déménagé (1/2)

En novembre, trois familles Roms quittaient leur bidonville du Pont-Royal et emménageaient rue Bonte dans un « sas » temporaire. L’objectif : pallier la précarité de ces 18 personnes pour leur permettre de s’intégrer durablement. Au quart de leur bail fixé à un an maximum, où en sont-elles de leur insertion ? Premier des deux volets sur ce dispositif original.

Christophe Declercq | 01/02/2019

Damian (61 ans) à gauche parle peu le français, mais Alessandru (17 ans) à droite s’est déjà familiarisé avec la langue de Molière.

Damian (61 ans) à gauche parle peu le français, mais Alessandru (17 ans) à droite s’est déjà familiarisé avec la langue de Molière.

Alessandru, 17 ans, a l’œil vif et le sourire facile. Il accepte bien volontiers de jouer le rôle de l’interprète, traduisant nos questions en « rromanès », la langue d’origine indienne qui a ensuite évolué en Roumanie, le pays qu’il a dû quitter avec une quinzaine d’autres Roms. Ses progrès en français sont étonnants. L’adolescent confond encore par exemple le « ménage » et le « déménagement » mais formule déjà des phrases plutôt bien construites.

Les enfants scolarisés

« Ici, ça change la vie, confie-t-il gêné, c’est mieux. On a les WC, les douches, l’eau, l’électricité et un bloc-cuisine. » Ce que ne dit pas Alessandru, c’est que sa famille vivait encore en octobre dans l’un des deux bidonvilles du Canon d’Or, au Pont-Royal, dans des conditions de vie et sanitaires déplorables  : pas de toilettes, pas d’accès à l’eau et près d’un tas d’immondices. Sur le site de la rue Auguste-Bonte, les poubelles sont groupées à l’entrée et les habitants de ces cinq caravanes se mettent même au tri sélectif.

Le SAS Roms est maintenant entouré de brise-vue pour préserver l’intimité de chacun.
Le SAS Roms est maintenant entouré de brise-vue pour préserver l’intimité de chacun.

Les huit enfants en âge d’être scolarisés sont répartis dans les établissements de Lambersart : La Fontaine (3), Samain (2), Watteau (2) et Lavoisier (1). Yohanna (14 ans) peut ainsi aller au collège dans de bonnes conditions, et surtout avec des vêtements propres et secs. La scolarisation est en effet la clé de voûte de ce dispositif d’accompagnement social. Elle apporte apprentissages, sociabilité et acceptation par les autres. Les parents des jeunes Roms peuvent ainsi aller vers l’école. La rentrée de septembre a été plutôt compliquée pour certains enfants qui pleuraient et voulaient s’enfuir, mais les nouveaux élèves sont désormais assidus.

Des cours de français

Deux fois par semaine, à raison d’une séance de deux heures et par niveaux, les adultes suivent des cours de français dispensés au centre social Lino-Ventura où l’on travaille l’alphabétisation. Le Secours catholique intervient aussi mais pour des cours plus axés sur l’oral. Pour Matthieu, l’éducateur spécialisé de la Sauvegarde du Nord présent quotidiennement, les progrès sont réels.

Quant à l’insertion professionnelle, Alessandru a obtenu un stage de deux semaines et la bonne nouvelle vient d’un autre jeune de 19 ans qui a entamé un contrat à durée déterminée d’insertion (CDDI) d’une durée de 24 mois dans le bâtiment et les espaces verts.

Et lorsque qu’on demande à notre interprète quel a été l’accueil du voisinage, il sourit encore : « Ils sont gentils avec nous. » mais enchaîne un mouvement de balancier avec la main, pour signifier que leur présence est plus ou moins acceptée. Les préjugés ont la vie dure.

Enquête sur les Roms lillois

Roms de la métropole de Lille : mais que sont-ils devenus ?

Camp rom de Pont Royal, à Lille, le 19 janvier 2019. Photo : David Buisine

Longtemps très médiatisée, la présence des Roms se fait aujourd’hui plus discrète dans la métropole lilloise. Leur nombre a presque été divisé par trois en six ans. Conditions de vie, bilan des villages d’insertion, respect des engagements de l’Etat… Mediacités fait le point sur un sujet ultra-sensible. Par Sylvain Marcelli-22 février 20190

Camp rom de Pont Royal, à Lille, le 19 janvier 2019. Photo : David BuisineO

Pourquoi les Roms sont-ils moins nombreux dans la métropole ?

Selon la préfecture du Nord, près 1200 personnes, soit 365 familles, vivent actuellement dans des « campements illicites », la plupart du temps dans l’agglomération lilloise. C’est presque trois fois moins qu’en 2012 : la préfecture dénombrait alors près de 3000 personnes en bidonvilles, soit 500 familles. Ces chiffres concernent essentiellement des personnes de culture rom.

 Plusieurs raisons peuvent expliquer cette baisse. « De nombreuses familles se sont insérées, les adultes ont trouvé un emploi et les enfants font des études », souligne Daniel Barnier, préfet délégué à l’égalité des chances, chargé du dossier dans le Nord. Les expulsions répétées ont aussi certainement incité certaines familles à rester dans leur pays d’origine. D’autres ont tenté leur chance dans d’autres régions, voire d’autres pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre.

Il n’y a pas d’appel d’air, contrairement à ce que soutient l’extrême droite. Les arrivées sont de plus en plus rares, même si les Roms, citoyens européens, peuvent venir en France quand ils le souhaitent. « Il est possible que les gens sachent qu’il est devenu très difficile de trouver des terrains où s’installer », estime Frédéric Béague, responsable de l’association humanitaire William Penn.

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Camp de Gand. Lille. Septembre 2018. Photo : David Buisine

Quelles sont les conditions de vie dans les bidonvilles ?

Il existe une vingtaine de bidonvilles dans la métropole, constitués par des familles très pauvres, bien connues des associations. « Certaines sont là depuis dix ans et ont affronté d’innombrables expulsions », pointe Dominique Plancke, militant du collectif Solidarité Roms Lille métropole. Neuf familles sur dix sont originaires de Roumanie, les autres viennent de Bulgarie ou de Bosnie. « Elles ne veulent pas rentrer dans leur pays où les conditions de vie sont encore pires et où elles souffrent de discriminations », souligne Frédéric Béague.

Deux associations, Médecins Solidarité Lille (MSL) et Pédiatres du Monde, interviennent depuis près de dix ans dans les bidonvilles. Elles proposent des consultations gratuites dans un bus équipé comme un cabinet médical. « On y va deux fois par semaine pour soigner des gastro, des rhino, faire des vaccinations… Sinon les enfants ne sont vus par personne », explique Chantal Samaille, pédiatre bénévole. « Ces terrains sont des lieux d’exclusion où les conditions de vie sont épouvantables », s’indigne Mireille Labrouche, psychiatre chez MSL. « Le premier problème, c’est le froid. Les gens marchent dans la boue. Ils ont du mal à trouver de l’eau et à se chauffer. »

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Réunion du collectif lillois

La réunion de février du collectif solidarité Roms de Lille-Métropole aura lieu ce mardi 5 mars comme d’habitude à la MRES. Horaire particulier : 18 h 30 (et non 18 h). Une délégation de notre collectif est en effet reçue par le Préfet délégué à l’égalité des chances, M. Barnier, à 17 h cette même après-midi.

Lille « Il n’y a pas, ici, la volonté de trouver des solutions durables » pour les Roms

VDN 19/1/2019. Frederick Lecluyse

Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme, est à Lille ce samedi. Il est allé à la rencontre de Roms, a été reçu par Martine Aubry et, depuis un camp d’infortune, dénonce, au final, le « pourrissement » de la situation dans la métropole lilloise.

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Ils ont posé leurs caravanes, une quinzaine, dans ce qui ressemble pour eux à un havre de paix. Détail extraordinaire : les réfugiés y ont créé une église. Leur temple. « Quand ils sont entrés dans la boutique désafectée de l’ancienne station essence, ils ont découvert que l’électricité n’avait pas été coupée », sourit Dominique Plancke, porte-parole du collectif qui soutient les Roms depuis des années.

La précarité demeure

Avec de la débrouille et de l’huile de coude, les lieux sont désormais un exemple que la vie peut reprendre malgré les infortunes de l’existence. « Il y a tout ici pour créer un site d’accueil digne de ce nom », appuie un membre du collectif. Sur le modeste pupitre en contreplaqué qui fait office d’autel, trois mots rappellent la confiance des Roms en ce monde meilleur : « Isus este aici » (Jésus est ici). Les enfants sont scolarisés à l’école Lamartine ou au collège de Flandre à La Madeleine. Mais la précarité demeure. Il n’y a pas d’eau courante, pas de commodités et il fait – très – froid. Mais ici, personne ne fume, même à l’air libre. Les vapeurs d’essence ? On ne sait jamais.

« Lille fait des efforts, mais il y a une situation de blocage général dans cette métropole qui joue le pourrissement. »

C’est donc depuis ce bidonville du troisième millénaire balbutiant que Malik Salemkour rappelle ce qui ne va pas. « À Bordeaux, à Nantes, à Toulouse et même en banlieue parisienne, la situation des Roms s’est nettement améliorée. Pas ici. Lille fait des efforts, mais il y a une situation de blocage général dans cette métropole qui joue le pourrissement. » Pourquoi ? « Parce qu’il n’y a pas, du préfet comme des élus, la volonté de trouver des solutions durables. » C’est dit.


Réunion de l’intercollectif Rom 59/62, samedi 26/1

Réunion de l’Intercollectif Roms 59/62, ce samedi 26 janvier de 9 h 15 à 12 h 15, salle Houblon au premier étage, à la MRES, 23 rue Gosselet à Lille

A l’ordre du jour : 

– compte-rendus des rencontres récentes : Romeurope, Ligue des Droits de l’Homme, La Sauvegarde

– l’application de l’instruction gouvernementale du 25 janvier dans la région 

– l’anticipation de la fin de la trêve hivernale 

– l’accès à la carte AME 

– l’accès aux transports en commun 

– les situations particulières de certains terrains 

– participation de l’intercollectif Roms à la marche « je suis l’immigré, je suis le réfugié » ? 

– la saison France-Roumanie : http://www.institutfrancais.com/fr/saisons/roumanie 

– points divers

Mireille Labrouche et Dominique Plancke